Récemment j'ai assisté à une conférence et débat publics animés par Christian Vélot, enseignant chercheur
en biologie moléculaire, et Aurélien Bernier, militant altermondialiste. Cela se passait un soir de semaine, au bout de l'Essonne, à
Milly-la-Forêt, même pas de transport en commun pour s'y rendre. Et bien la salle était pleine à craquer, je suis arrivée un poil à la bourre et je suis restée debout. Pas grave. Tellement
passionnant que j'en ai oublié que j'avais pas mal de fatigue accumulée dans les pattes. Les gens qui étaient là venaient de tous horizons, ils étaient de tous âges. Ils venaient s'informer, et,
pour beaucoup, essayer de trouver des moyens d'actions efficaces. Je ne reprendrai pas ici l'intégralité du contenu de la conférence, qui, de part la présence de ces deux personnes, se référait
autant au volet scientifique qu'aux volets économique, politique et social de la question des OGM. Ce contenu peut se retrouver ici, ou bien
là, ou encore ici, où encore là, par exemple.
Christian Vélot est un scientifique militant, dans le sens où il se considère responsable devant l'humanité des découvertes
qu'il fait et des conséquences qu'elles auront un fois sorties de son laboratoire de recherche et utilisées, exploitées. Il ne peut se dédouaner des finalités de ce que sa quête de connaissance
aura mis au jour.
Je pense que d'une certaine manière, par ses prises de positions et son engagement, en tant que scientifique, il répond à la
mise en garde de Rabelais : « science sans conscience n'est que ruine de l'âme ». En effet, notre culture a tendance à cloisonner les différents domaines de connaissances et
de réflexions, à séparer la recherche fondamentale et la recherche appliquée. Sous prétexte d'un besoin de catégoriser pour mieux synthétiser sur le plan cognitif, on voudrait que ces différentes
« tâches » soient effectuées par des êtres humains différents, comme si une seule personne ne pouvait pas faire deux choses à la fois, comme si on ne pouvait être compétent que dans un
seul domaine. En l'occurrence, ici, comme si le chercheur ne pouvait pas prendre de recul sur sa fonction de recherche et avoir une attitude réflexive sur son action et ses résultats. Comme si
les seuls compétents en ce domaine étaient ceux qui s'occupent uniquement de philosophie et d'éthique. Encore une domination pernicieuse du « diviser pour mieux régner », et ce manque
de cohérence laisse le champ libre à une foule de gens en quête de profits personnels pour s'emparer d'une part des résultats des recherches scientifiques, et d'autres part, d'une
pseudo-réflexion à ce sujet, qu'ils diffusent à grands coups d'arguments fallacieux. Christian Vélot connaît bien son domaine de recherche, la biologie moléculaire, et l'histoire de cette
science. Et comme il agit en conscience, il est redoutable. Mais il sert la bonne cause, je veux dire, l'intérêt général, et non des intérêts personnels. Je pense que la science, la connaissance,
la recherche sont indissociables de la culture humaine, au même titre que les arts, la philosophie, la littérature. La science n'a pas seulement permis à l'humanité d'enrichir son potentiel
cérébral, elle a aussi permis ce qu'on a appelé des progrès, et je ne le discute pas. Mais à partir de là se produisent des dérives qui sont de moins en moins contrôlables et qui se retournent
contre l'intérêt général. Les exemples sont nombreux, malheureusement. Les OGM agro-alimentaires en sont un. D'autant plus dangereux qu'ils sont source de profits démesurés pour les
multinationales, qui font fi de la santé publique et de l'équilibre environnemental, tout en disant le contraire. Christian Vélot est de ceux qui, publiquement, démontent ces arguments un a un.
Il fait partie des lanceurs d'alerte. En toute connaissance de cause, il œuvre pour que la science redevienne l'affaire des citoyens, celle des hommes, de tous les hommes, et non plus seulement
de quelques-uns. Que chacun puisse être informé de l'état des recherches en cours, des conséquences de l'application de la science dans tous les domaines techniques et par conséquent,
commerciaux. Et surtout, du fait que les conséquences liées à ces applications, sur la santé humaine mais aussi sur l'environnement, et donc le patrimoine terrestre, ces conséquences disais-je,
sont très mal connues faute de recul suffisant. Bref certains jouent aux apprentis sorciers dans l'antre ultra-libérale. Mais ça, on le sait. Sauf que, encore une fois, ils se cachent derrière
des arguments fallacieux et contradictoires qu'il est bien difficile de dénouer. En ce sens, les lanceurs d'alerte ont une mission pédagogique et subversive... Ce qui ne devrait pas exister, dans
une société où les politiques oeuvreraient pour l'intérêt général... Euh, cette dernière phrase est-elle contradictoire... ?
Christian Vélot est également témoin dans de nombreux procès mettant en cause des faucheurs volontaires. Il les présente
lui-même comme des éveilleurs de conscience. Des citoyens qui prennent des risques énormes face aux législations ultra-libérales (tiens, un oxymore on dirait...). Mais des citoyens que le système
ne peut pas briser car ils n'oeuvrent pas pour leur intérêt personnel. Ils se battent pour une autre science, pour un respect démocratique du patrimoine naturel. J'en ai rencontré un, il y a
quelques mois. Un homme de convictions, et il en faut pour faucher, car les peines encourues (prison et amendes) sont très lourdes. Il était dans l'attente de son procès, mais me disait que quoi
qu'il arrive, il continuerait à faucher. Non pour le simple « plaisir » de détruire des cultures en plein air désastreuses pour l'écosystème, mais pour alerter, lutter contre ces
logiques économiques qui font qu'on sème à tout va des OGM sans avoir assez de recul sur les conséquences à moyen et à long termes sur les sols, les insectes, les autres plantes, sur l'organisme
des animaux qui les consomment, et, au bout de la chaîne, sur les êtres humains. Les plantes OGM utilisées actuellement sont soient « naturellement » insecticides, soient résistantes à
un herbicide. Ce qui veut dire qu'elles ont en elles une concentration toxique dont on connaît mal les effets sur le consommateur. Et ce n'est pas le seul problème que cela pose, bien évidemment.
Mais ces informations ne sont pas forcément connues des citoyens et consommateurs que nous sommes. Ceux qui les possèdent le mieux sont au départ les scientifiques, qui n'ont pas pour habitude de
s'exprimer sur la question, pour un tas de raisons, et l'une d'elles est qu'on leur cloue le bec.
J'en reviens à Christian Vélot, qui subit actuellement des pressions de la part de son Institut (Institut de Génétique et de
Microbiologie (Institut mixte CNRS - Université) sur le Centre Scientifique d'Orsay, Université Paris Sud).
Un appel à soutien est lancé pour le mercredi 25 juin, à 10h30, à Orsay, devant l'entrée principale du Campus. Et, à 15h, ce même
jour, une manifestation du Luxembourg (place Edmond Rostand), jusqu'au Ministère de la Recherche où une délégation demandera à être reçue. Pour l'intégralité de l'appel à mobilisation
pour le lanceur d'alerte Christian Vélot, voir ici.
Voilà, il y a des gens qui agissent pour l'intérêt général, la moindre des choses c'est de les soutenir. Ce n'est pas ça qui
mettra à terre les multinationales, mais je crois que c'est encore une fois réagir contre une forme de servitude volontaire, et qui sait, à force de se manifester pour l'intérêt général, celui-ci
reprendra peut-être un jour les commandes de la raison humaine.
Vous en pensez ça :